ADOLESCENCE EN CHANTIER

Ca y est. C’est le début.
Trop de prénoms à se souvenir.
J’ai devant moi des élèves, ou plutôt
des hommes et des femmes en devenir.
et je suis là avec l’étiquette « danse ».
Heureusement mon physique donne le ton de ma démarche,
pour une approche hors système traditionnel et carcan classique,
vers une danse qui a encore besoin de sortir
autant du tutu rose que de la performance hip-hop acrobatique.
Quel est donc mon objectif ?
En faire des bons danseurs en 4 leçons ?
Non.
Faire un bon spectacle en deux temps trois mouvements ?
Non.
L’objectif est d’acquérir un petit
zeste de confiance en soi et en l’autre
pour peut-être s’enrichir d’un brin d’estime de soi
qui déplace des montagnes,
pour prendre le train à la bonne heure…
Apprendre à faire avec ce corps, celui que l’on trimballe tout les jours,
et affronter le regard des autres,
et pourquoi pas arriver à travailler ensemble avec bienveillance.
Mon objectif n’est donc pas de transmettre une danse,
ou une technique de danse,
mais de simplement bouger son corps, bouger avec son corps
avec le moins de jugements possibles sur ce qu’il est en train de faire
et découvrir,
s’emparer d’une impulsion créatrice,
de ne pas avoir peur du mot DANSE, avoir des chaussettes propres.
Mais cela va trop vite.
A peine le temps de se rencontrer.
A peine le temps de se rencontrer.
Chaque classe est différente.
Chaque classe a son ambiance.
Je remarque souvent que le groupe annihile la danse que certains pratiquent.
Un effet du groupe.
Il faut plus de temps.
Il faut distinguer qui est en face, moi, eux, l’autre,
et encore,
après,
accepter la pratique.
Accepter, jouer, jouer le jeu, pour que la pratique amène à la sensation
ou à défaut que
la sensation amène à un lâcher-prise ou à une réflexion sur son image…
et peut-être… arriver à l’émotion. Mais, c’est une autre histoire.
J’ai trouvé très difficile, dans les premiers rendez-vous, le rapport fille- garçon.
Mais j’ai observé une amélioration progressive au fil des séances.
Trop de prénoms à se souvenir.
A peine le temps de se rencontrer.
Il y a eu rencontre.
Quelques exercices,
quelques dessins, quelques photos,
le Qi Qong d’urgence,
et c’est déjà fini.
J’ai pris ma place sans trop en prendre.
J’ai aimé les moments où le rire était là.
J’ai aimé voir quand les choses se travaillaient,
à notre insu.
J’aurais aimé dévoiler chez chacun
une qualité gestuelle personnelle.
J’aurais aimé travailler avec les élèves
sur une scène de théâtre.
J’aurais du faire mon show à l’Avant-scène de Cognac.
J’aime me dire que cela sert à quelque chose.

Retrouver la bonne pulsation

Je me demande si j’ai encore un peu de ce truc qui me portait sur la scène… un peu d’énergie et cet état qui faisait que tout était possible, un état réactif, un éveil qui pouvait me faire improviser sur n’importe quel évènement ou situation en direct…

C’est une évidence : BIENTÔT DANS VOTRE THEÂTRE…

Un danseur qui va vers une fin de carrière.
Savoir bien ranger, ordonner, mettre les points sur les i,
avant que le rideau tombe.
Mon dernier spectacle sera un zeste de pertinence
avec une bonne dose de second degré
et une sensibilité artistique qui ne se mord pas le front…

Ce n’est plus une idée.
C’est ma réalité.
Un choix, une évidence.
Une nécessité.
Ma nécessité.
Je vais le faire même si ce travail ne passera pas aux Subsistances,
malgré cette première réponse encourageante à l’envoi de mon dossier : 

Jeudi 1 octobre 2015 11:19
Bonjour,
Nous avons bien reçu votre dossier, 
notre programmation est terminée pour la saison à venir 
et déjà bien engagée pour la saison suivante.
Nous gardons bien évidemment votre dossier. 
Nous vous contacterons si un accueil était possible.
Je vous prie de recevoir nos cordiales salutations.
Les Subsistances

Maintenant on est en 2018.
Cela a fait son chemin dans la tête et dans les pieds.
On y va.
On se jette à l’eau.
J’aime faire comme un scénario
de ce que j’imagine,
de ce que pourra être le spectacle…
Même si, dans le travail, dans les répétitions, tout peut se transformer.

ACCUMULATIONS
Il me faut partir, être sur les chemins, sur la route.
Pour cette création, je pars.
Je pars à la recherche de ce qui bouge, de ceux qui bougent.
Je pars,
comme un cinéaste documentaire,
comme un ethnologue,
comme un soixante huitard,
comme un moine,
comme un oiseau migrateur,
comme un nomade,
comme un gnou…

Malgré un isolement qui décourage…
et… pas assez de vivacité dans le démarchage…
Pas assez de bienséance auprès des directeurs et autres programmateurs.
Pas assez de bienveillance sur la profession.
Je laisse l’eau sur le feu et les oignons dans la soupe…
C’est peut-être déjà fini et je ne m’en suis pas rendu compte…
Je suis un chorégraphe fantôme et personne ne me le dit…

Peut-être un peu… avec cette réponse de la Fondation BNP-PARIBAS
Monsieur Werlé,
Nous avons pris connaissance avec la plus grande attention du courrier concernant le projet Ma Belle Révérence.
Sans doute notre Fondation porte-t-elle une attention particulière à l’expression artistique, et en particulier la danse contemporaine, mais ses interventions s’articulent autour d’un nombre limité de programmes.
Le respect scrupuleux de ces engagements, qui s’inscrivent dans la durée, et les contraintes budgétaires qui en découlent, ne nous permettent pas de tisser de nouveaux partenariats. Aussi tout en mesurant la qualité de votre projet et sensibles à votre suggestion de nous voir intervenir à vos côtés, sommes-nous au regret de ne pouvoir répondre favorablement à votre appel.
En vous remerciant de ne pas nous tenir rigueur de cette réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de nos salutations les meilleures.

En avant!

Devant la déconfiture général et
ma stagnation
ou résignation
ou impuissance personnelle,
j’ai décidé. de remettre les pendules à l’heure.
Je recommence tout.
Je repars à zéro.
Je jette l’éponge.
Repartir du début.
Apprendre.
Retrouver le goût de l’apprentissage,
de l’activation des neurones,
pour ne pas tomber,
pour ne pas tomber dans un immobilisme,
pour ne pas tomber dans un nombrilisme,
pour ne pas tomber dans l’aigreur,
pour s’échapper de cette période
creuse,
vide.
En avant!
Pour le dernier plongeon sur la scène.
Pour le dernier acte.
Avec le sourire.

Paresse digestive avec pensées épicées

Des pensées s’opposent à l’arrivée de mon sommeil.
Mes paupières tombent et retombent comme le volet d’une fenêtre.
Je temporise.
Un verre d’eau pour apaiser le feu des idées, des projets,
des rêves à réaliser, des rêves irréalisables.
Des ombres s’agitent, des fantômes me frôlent et me murmurent
commentaires,
suggestions,
comme des proverbes,
comme des sentences,
comme des maximes.
Un orage dans la nuit.

Ne pas mourir idiot

Faire oeuvre des petits riens du quotidien.
Faire oeuvre de sa liberté d’imaginer.
Faire oeuvre avec son outil : Le corps.
Faire oeuvre avec ses petites fêlures.
Je n’ai qu’un objectif: Ne pas mourir trop idiot.

Compte à rebours

Retourner au travail,
encore une fois,
avec la chance d’être libre.
Les contraintes sont dans le placard.
Le désir est présent.