ANYWHERE OUT OF THE WORLD

FEVRIER 2019
Je pédagogie comme des petits pansements,
des enfants, des adolescents,
je fais, et oui!
des très petits pansements de mouvements…
du mouvement pour un minimum : un zeste d’estime de soi
ou
peut-être même pour arriver à la danse
si tout se passe bien, mais c’est pas certain,
ce n’est même plus l’objectif,
sur le terrain,
pas sur un rond-point, je sais,
dans une salle de classe, un gymnase,
aujourd’hui,
je vois le changement sociétal
qui ne correspond plus du tout à ma petite histoire chorégraphique
ou comment on nous a dit d’enseigner LA DANSE
ou comment on a vécu la danse…
Et je m’éloigne du spectacle vivant
par l’âge,
le statut que je ne vais pas pourvoir atteindre pour la première fois car
je suis loin du spectacle même si j’en ai un dans la tête
un spectacle
et même peut-être encore un spectacle un peu dans le corps
ou plutôt…
je vis à ma manière mes derniers soubresauts artistiques,
loin de la médiatisation obligatoire ou des cousinades
ou des bourgeoisies chorégraphiques,
et je m’éloigne du spectacle vivant
par l’âge,
le statut que je ne vais pas pourvoir atteindre pour la première fois par ma faute,
n’ayant pas travailler mon réseau pour assurer mes cachets,
ayant perdu aussi l’excitation juvénile,
ayant perdu le contact avec la profession professionnelle,
un peu par choix, un peu par la force des choses, les événements personnels,
mon réseau jonché de morts ou de retraités,
un peu par constat du travail vain dans les diverses structures officielles,
(je me souviens de cette administratrice célèbre qui me dit un jour :
« Frédéric, trois pas en avant avec ton travail,
il ne faut jamais faire cela,
il faut faire un pas en avant
et deux pas en arrière,
comme ça, tu peux toujours faire un pas en avant… »
je sais aujourd’hui qu’il me faut trouver une autre manière de vivre la danse,
et c’est une urgence,
je sais qu’il nous faut vivre la danse comme ce putain de changement climatique qui nous attend,
alors je marche pour le climat, je sers la main à Yannick Jadot, je vais mettre un coquelicot sur ma
boutonnière
j’ai une écharpe verte,
j’ai toujours mes utopies, mes désirs,
mais la machine à essorer les bonnes volontés marche à plein régime,
j’ai la danse dans la peau mais elle n’aura pas ma peau,
j’ai perdu mes pirouettes mais j’ai toujours mes cacahuètes qui dansent,
et la danse rate son entrée dans le 21ème siècle,
par protectionnisme de sa petite entreprise chorégraphique, son petit bout de gras,
par nombrilisme, et par une crétinisation galopante qui se généralise,

parce que parler, écouter, échanger, c’est difficile,
et trop souvent on a vu et entendu les égotiques qui ne seront jamais des têtes de gondoles,
et pourquoi ?
parce que cela demande un travail énorme,
parce que cela demande une implication sur des territoires fragiles,
parce que cela demande un partage des tâches,
parce que le travail est sans cesse à recommencer, sinon c’est foutu, trop fragile, comme la
démocratie,
parce qu’il faut faire table rase du passé et connaître néanmoins ce passé,
parce qu’il faut cracher dans la soupe des fonctionnements archaïques
parce qu’il faut prendre des risques comme celui de ne plus être le fou du roi,
parce que la verticalité est obsolète
parce que je pense qu’il est trop tard et en même temps je pense qu’il n’est jamais trop tard
parce que les corps ont des symptômes comme des sonnettes que j’entends, que je vois,
parce que
parce que
la parole des acteurs de la danse est trop souvent patinage même si artistique,
je travaille dans mon coin et je tire la chasse d’eau,
il ne reste donc pas grand chose,
il me reste l’essentiel :
je suis encore libre et je bouge encore mon cul,
comme je peux,
comme je veux,
mais dès que je trouve la solution à mon problème :
une autre manière de vivre la danse,
je vous la communique,
et la solution n’est pas dans le titre.
ANYWHERE OUT OF THE WORLD

NIJINSKOFF AKA FREDERIC WERLE

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admin

Nijinskoff veut faire un dernier spectacle avant de disparaître. Nijinskoff nous parle de la danse oxymorique de sa vie et de son désir... Un blog pour outil. Nijinskoff AKA Frédéric werlé